L'homme qui m'offrait le ciel...Calixthe Beyala parle de son livre...

Samedi 3 Juillet 2010
     

LA LUMIERE DES BELLES LETTRES
Quand ETTY Macaire vous communique sa passion des lettres
01.06.2010
CALIXTHE BEYALA PARLE DE SON LIVRE "L'HOMME QUI M'OFFRAIT LE CIEL"

Calixthe Beyala a écrit de nombreux romans à succès chez Albin Michel et en particulier les Honneurs perdus, Grand Prix du roman de l’Académie Française. Très connue à l’étranger, notamment aux Etats-Unis où elle va régulièrement faire des conférences et où son oeuvre est étudiée dans plusieurs universités, elle est considérée comme l’un des auteurs majeurs de la francophonie. Calixthe Beyala, dans son dernier livre, L’homme qui m’offrait le ciel, publié aux éditions Albin Michel, a choisi d’explorer la relation amoureuse dans ses contradictions raciales et sociales. L’oeuvre ne passe pas inaperçue d’autant plus qu’elle traîne derrière elle un léger parfum de scandale. Pouvait-il seulement en être autrement avec l’iconoclaste auteur camerounais ? Entretien avec celle qui a fait de l’écriture un répulsif aux préjugés.


L'Homme qui m'offrait le ciel, par Calixthe Beyala
L'Homme qui m'offrait le ciel, par Calixthe Beyala
prétendre ne pas s’être jetées sur le dernier livre de Calixthe Beyala comme les commères du village se jetteraient sur un Voici fripé. Et pour cause ! La rumeur dit que l’écrivaine camerounaise se serait inspirée de son histoire d’amour avec le célèbre animateur français, Michel Druker, pour donner corps à sa dernière œuvre. Le récit d’une jeune femme noire Andela, presque le portrait craché de Dame Beyala, qui entretient une relation passionnelle avec François Ackerman, une célébrité du paysage audiovisuel français. L’amour fou que les deux protagonistes éprouvent l’un pour l’autre suffira-t-il à anihiler l’égocentrisme et la lâcheté de l’un et à franchir les remparts que s’est érigés l’autre pour résister à l’amour ? Avec L’Homme qui m’offrait le ciel, Calixthe Beyala étonne encore une fois ses fans et provoque l’ire de ses détracteurs. Son récit démontre, pour la énième fois certes, comment les préjugés raciaux et sociaux peuvent mener la vie dure à l’amour, mais dans un style à la franchise brutale qui n’appartient qu’à elle. Tiré de faits réels ou non, le roman qui en ressort captive par sa pudeur, une sincérité et une lucidité qui laissent entrevoir un pan de plus de notre Calixthe, à travers cette passion et cette dignité dans l’amour, qu’elle insuffle à Andela.
Afrik.com : La rumeur veut que cette histoire d’amour soit la vôtre. Dans l’hypothèse où ce serait vrai, comment l’écrivain arrive-t-il à romancer son existence ?
Calixthe Beyala : Les auteurs ont toujours écrit des histoires qui les concernaient. Flaubert avec Madame Bovary. On retrouve un peu de Proust dans chacune de ses œuvres. L’autofiction fait partie de l’histoire de la littérature. Bien évidemment, tout cela passe par le tamis de l’imagination de l’écrivain qui est une éponge qui absorbe tout ce qui l’entoure. On prend ainsi de la distance par rapport à son œuvre. notamment pour des auteurs, comme moi, qui ont beaucoup d’autodérision. La démarche n’a rien d’exceptionnel et l’autofiction est un processus très intéressant. L’écrivain devient alors un peu schizophrène et se met en scène. Le personnage d’Andela tient autant de moi que, par exemple, l’héroïne de La petite fille du réverbère.
Afrik.com : François est très lâche et très égoïste. Andela n’est pas dupe, mais cela n’empêche pas l’amour qu’elle lui porte de s’intensifier. Vous réussissez bien à traduire cette lucidité, cette absence d’amertume qui va de pair avec un grand amour...
Calixthe Beyala : Je décris tout simplement la magnificence de l’amour. Bien qu’elle signale ses défaillances, ce pourboire d’un euro qu’il laisse au restaurant, cet égocentrisme, tous ces préjugés qui habitent François Ackerman qui peuvent être aussi ceux d’une certaine bourgeoisie... elle ne s’y attarde pas. Andela ne s’appesantit pas sur ce qu’elle considère être à la périphérie du personnage. Toutes les relations amoureuses se ressemblent, on retrouve ici les mêmes formes de trahison que dans n’importe quel couple. Il y a des hommes lâches partout. Seulement, parce que c’est un couple mixte, la dimension raciale se rajoute à la complexité de la relation.
Afrik.com : Pour Andela qui ne croyait pas en l’amour avant de rencontrer François, c’est un virage à 180 degrés...
Calixthe Beyala : Andela est une femme de combats, qui aime à endosser l’habit de justicier. Elle se croit investie d’une mission universelle : rétablir la justice. La militante qu’elle a toujours été fait passer l’amour au second plan. Cette histoire d’amour très intense la porte à la croisée des chemins. Elle veut y croire et la réciproque est vraie. Andela, qui a la quarantaine, a envie de protéger ce sexagénaire qui se comporte comme un adolescent.
Afrik.com : Votre expérience de femme et d’écrivain vous permet de comparer les Noirs et les Blancs dans leurs comportements amoureux. On dit de ces derniers qu’ils seraient plus affectueux. Quel est votre avis ?
Calixthe Beyala : Je pense surtout que c’est le mode d’expression de cette affection qui diffère. Effectivement, l’Africain ne va pas passer sa journée à dire « Je t’aime », comme le fait François avec ces sms qu’il envoie à longueur de journée à Andela. Néanmoins, il le démontrera dans ses actes, en s’attachant au bien-être de l’être aimé. Son amour s’exprime de façon plus matérielle, ce qui est peut-être plus pragmatique. L’Européen, quant à lui, va utiliser les mots, le vocabulaire pour exprimer ses sentiments. C’est peut-être cela qui donne l’impression que les Africains sont moins affectueux. Il faut dire aussi qu’ils sont issus d’un continent plus pudique. Est-ce que cela fait une différence ? Je ne sais pas.
Afrik.com : Vous parliez de la dimension raciale qui pèse sur la relation amoureuse entre François et Andela. Vous qui avez bataillé justement pour plus de visibilité pour les minorités dites "non visibles", pensez vous que la France ait évolué dans le sens d’un société plus fidèle à ce qu’elle est dans ses composantes ?
Calixthe Beyala : La situation a beaucoup évolué en France dans ce domaine. Le métissage culturel est un fait en France, surtout entre Noirs et Blancs. Ce sont les groupes qui d’ailleurs se mélangent le plus dans ce pays. Les problèmes sont plutôt liés à un problème de générations. L’homme dont il est question dans le livre n’est pas très jeune. Ses préjugés et ses réactions ne pourraient être celles d’un jeune homme de 25 ans ou d’un homme de 40 ans. François est un homme enfermé dans les années 60, l’époque coloniale. Il est convaincu que sa relation avec Andela va lui porter préjudice et par dessus tout à sa carrière. Ce racisme passif transforme ce qui était de l’amour à ce que j’appelle de l’éros colonial. François procède comme un prédateur : je vais chez l’autre emmagasiner mes meilleurs souvenirs, mes meilleures sensations aussi bien sensuelles qu’émotives…et il les emporte comme un trophée de guerre qui l’aidera à vivre tout le reste de sa vie.
Afrik.com : Outre cette relation amoureuse, il y a une relation mère-fille très piquante qui prend de l’épaisseur avec la clairvoyance de l’adolescente. Elle comprend très vite que la question raciale se pose. En quoi ce rapport particulier enrichit l’intrigue ?
Calixthe Beyala : L’adolescente est la conscience de la mère, son garde-fou. Lou rappelle à l’ordre sa mère, qui voit tout en rose parce qu’absorbée et investie dans cette histoire d’amour. Il y a comme une inversion des rôles, celle qui est censée être protégée devient celle qui protège. En dépit des rapports conflictuels qu’ont les parents et leurs enfants au moment de l’adolescence, la mère et la fille arrivent à entretenir ici une relation très affectueuse.
Afrik.com : Pourquoi ce titre, L’homme qui m’offrait le ciel ?
Calixthe Beyala : Je ne vous le dirai pas.
Afrik.com : Quelle place ce livre, votre premier véritable roman d’amour, a dans votre oeuvre ?
Calixthe Beyala : Ce livre trouve toute sa place dans la continuité de mon oeuvre. Je l’ai écrit parce que ça correspondait à la fois à un parcours personnel et littéraire. Il correspond à une réflexion, à une émotion.
Afrik.com : Quels sont les échos que vous avez de la façon dont est perçu votre livre par les femmes, d’une part, et les hommes, d’autre part ?
Calixthe Beyala : Il y a deux types de réactions. Auprès d’elles, mon livre trouve une forme d’écho, 99% des femmes, noires ou blanches du reste, me disent avoir adoré ce bouquin. Chacune d’entre elles a rencontré, un jour, un François Ackerman. Elles me disent toutes : "j’avais l’impression de lire ma propre histoire". La réaction des hommes, les Européens en général, est très négative. C’est heureusement des cas isolés. Ils sont plutôt là à se demander : "pourquoi a-t-elle fait ça ?". Ils estiment que c’est de "la vengeance". Alors qu’il n’y a de la vengeance nulle part dans cet ouvrage, ce serait plutôt un hommage à l’amour. Tout simplement parce que ce je raconte est vrai. Ils se disent si Calixthe Beyala commence a parler, elles vont l’imiter. Ackermann n’est pas le seul dans son milieu à vivre comme ça. Beaucoup ont des doubles vies. Ils ne veulent pas que ça se sache. Ils sont tellement inquiets que cette face cachée de leur existence soit révélée qu’ils sont prêts à tout pour dissuader toute femme qui entreprendrait cette démarche. Leur réaction aurait eu la même virulence si j’étais une Blanche du 93 engagée dans une relation où le partenaire provient d’un milieu plus aisé et qui se croit installé dans une relation de supériorité intellectuelle et sociale. Les hommes noirs sont moins hypocrites sur ces questions. Chez les Européens, j’ai levé le voile sur un aspect sociétal qui n’avait jamais été traité. Je suis devenue la voix de toutes les sans-voix qui sont dans cette situation. Ils ont tout mis en oeuvre pour arriver à leurs fins : dissuader le plus grand nombre de lire ce livre. Il suffit de parcourir ce qui a été écrit à propos de mon livre dans Le Nouvel Observateur ou dans Le Parisien. Il y a une espèce de corporatisme hypocrite. Ce n’est pas la première fois que l’on agit ainsi à mon encontre. Ce fut le cas pour Les arbres en parlent encore parce que ce livre, que j’ai mis dix ans à écrire, démontrait l’existence d’une philosophie africaine. Une idée inconcevable en France parce que dans ce pays on dénie aux Noirs le droit d’avoir une quelconque profondeur intellectuelle. Alors qu’en Suède, le pays du Nobel, où il a été salué et distingué, ce livre a été un véritable succès.
par Falila Gbadamassi
lu sur www.afrik.com, Calixthe Beyala : la femme qui contait l’Amour

Un livre de Calixthe Beyala objet de débats

Calixthe Beyala perd contre Michel Drucker International, Société
En juin 2005, un contrat de commande d'ouvrage avait été conclu entre Michel Drucker et les éditions Albin Michel, pour un livre d'entretiens où le présentateur télé devait répondre aux questions de Régis Debray. [...] A ce titre, la 3e chambre a débouté l'écrivaine, la condamnant même à verser un euro à Michel Drucker pour procédure abusive. [...] Dans un jugement rendu mardi, la 3e chambre civile du TGI de Paris a constaté que Mme Beyala avait bien réalisé une synthèse des réponses apportées par Michel Drucker à trois des douze questions posées par Régis Debray.

Le différend porte sur la rédaction d'un livre d'entretiens entre Michel Drucker et le philosophe Régis Debray. Selon l'acte d'accusation formulé par l'avocat de Calixthe Beyala dans son assignation, Michel Drucker a confié la rédaction de l'ouvrage à l'écrivaine, en contrepartie du versement de la somme de 200 000 euros à la livraison. [...] Mais, entre-temps, Michel Drucker a mis fin à cette liaison. On se souvient que le dernier livre de Beyala, L'Homme qui m'offrait le ciel (Albin Michel), raconte une histoire d'amour entre un animateur télé blanc et une romancière noire (voir J. [...] C'est le 11 juillet qu'a eu lieu devant le tribunal de grande instance de Paris la première audience d'un procès qui oppose la romancière franco-camerounaise Calixthe Beyala et l'animateur de la chaîne France 2, Michel Drucker
L'écrivaine Calixthe Beyala, qui revendique une liaison avec Michel Drucker entre 2004 et 2006, a été déboutée mardi de l'action qu'elle avait intentée à Paris contre l'animateur de télévision pour rupture de contrat.

L'écrivaine française d'origine camerounaise dit avoir écrit un livre à la place de Michel Drucker mais n'avoir jamais reçu les 200.000 euros qu'il lui avait promis.

En juin 2005, un contrat de commande d'ouvrage avait été conclu entre Michel Drucker et les éditions Albin Michel, pour un livre d'entretiens où le présentateur télé devait répondre aux questions de Régis Debray.

Ouvrage non publié

Un projet avait été rédigé mais l'ouvrage n'avait pas été publié.

A l'audience du 18 mai, Mme Beyala, 48 ans, avait affirmé avoir rédigé les réponses de l'animateur aux questions de Régis Debray, puis envoyé un premier manuscrit aux éditions Albin Michel, en 2006.

"Il m'avait promis 200.000 euros en échange de mon travail, mais il a refusé de me les donner quand on s'est séparé en 2006", avait témoigné l'auteure.

De son côté, l'avocat de Michel Drucker avait opposé un démenti catégorique. "Il n'y a aucun élément dans le dossier sur un accord financier", avait plaidé Me Jean-Pierre Mignard, dénonçant "la stratégie perverse et sournoise de Mme Beyala".

"Le travail de Mme Beyala n'est pas technique"

Dans un jugement rendu mardi, la 3e chambre civile du TGI de Paris a constaté que Mme Beyala avait bien "réalisé une synthèse des réponses apportées par Michel Drucker" à trois des douze questions posées par Régis Debray.

Toutefois, note le tribunal, "ce travail n'est en rien l'empreinte de sa propre personnalité. Or ne sont susceptibles de protection par le droit d'auteur que les oeuvres originales".

"Le travail de Mme Beyala, conclut-elle, n'est donc qu'un travail technique et elle ne peut revendiquer une quelconque qualité d'auteur".

Condamnée pour procédure abusive

A ce titre, la 3e chambre a débouté l'écrivaine, la condamnant même à verser un euro à Michel Drucker pour procédure abusive.

Mme Beyala a exprimé auprès de l'AFP son intention de faire appel. Elle estime que la "décision est contradictoire et absurde dès lors que le tribunal a reconnu l'existence d'un travail effectué qui mérite donc salaire".
AFPcb[

« J'ai vu naître le roman de Calixthe Beyala »

15/05/2007 à 10h:10 Par Michael Tobias
Le dernier livre de la romancière franco-camerounaise raconte un amour fou entre une écrivaine noire et un célèbre animateur télé blanc. Témoin privilégié de cet épisode, notre collaborateur nous révèle comment une histoire vraie est devenue une fiction.

Ce pourrait être une histoire tout à fait banale. Le coup de fil d'une amie parisienne qui m'appelle un jour à Londres, il y a deux ans, pour me donner de ses nouvelles et me faire une importante confidence. « Je suis amoureuse, je vis le grand amour, je n'ai jamais été aussi heureuse de ma vie… » Il n'y a rien d'extraordinaire à une telle confidence d'un ami ou d'une amie. Pourtant, cette fois, l'histoire est tout sauf banale. Car cette amie n'est pas n'importe qui. Il s'agit de Calixthe Beyala, la célèbre romancière franco-camerounaise. Et à la question de savoir qui est l'heureux élu de sa folle passion, sa réponse me laisse K.-O. : « C'est une star de la télévision. L'animateur préféré des Français, celui-là même qui nous donne rendez-vous tous les dimanches… » Si j'avais eu un doute sur l'identité de l'amoureux, Calixthe Beyala me confirma qu'il s'agissait bien de celui auquel je pensais. Elle ajouta : « Mon frère, tu le gardes pour toi. »
Je n'ai pas eu à garder le secret bien longtemps. Car l'homme a très vite choisi de s'afficher avec sa conquête dans les meilleurs restaurants et dans les lieux prisés du tout-Paris. Cette histoire d'amour, avant d'entrer dans la légende des romans sur la passion amoureuse, allait devenir une relation dont le milieu de l'édition et de l'audiovisuel parisien ferait ses gorges chaudes pendant près de deux ans.
Décembre 2005, de retour d'un voyage en Afrique, je trouve un message téléphonique de Calixthe Beyala qui m'informe qu'elle est de passage à Londres avec son amoureux. Elle souhaite, m'indique-t-elle, me le présenter et me demande de la rappeler à leur hôtel. Ce que je fais tout de suite pour m'entendre annoncer par une standardiste que le couple vient de quitter l'hôtel.
Je n'ai jamais rencontré « l'homme qui offrait le ciel » à la romancière franco-camerounaise. Pourtant, l'ombre de son personnage m'a poursuivi, rattrapé et habité pendant de longs mois par l'un de ces étranges phénomènes qui transforment en légende l'aventure d'êtres humains de chair et de sang et, dans le cas d'espèce, la réalité en fiction. À notre époque, la légende est souvent la fille de la rumeur. Dans cette histoire, la réalité va se confondre à la fiction au point de la dépasser et au risque de la tuer.
Quelques jours après le rendez-vous manqué de Londres, j'ai rappelé l'écrivaine. « Cet homme m'a rendu heureuse comme jamais je ne l'ai été. » Résumée en une phrase, telle est la substance de ce que j'ai retenu de tout ce qu'elle m'a dit en plus d'une heure de conversation. Or, à peine six mois plus tard, de passage à Paris, je tombe sur une Calixthe Beyala déprimée, amaigrie, la mine pâle et le moral en berne. Alors que je m'inquiète de son état, elle m'apprend qu'elle a un gros chagrin d'amour. « L'homme qui lui offrait le ciel » venait de mettre un point final à leur aventure. « Il m'a quittée, m'explique Calixthe, parce que sa femme a menacé de se suicider… Parce qu'il a dû choisir entre notre amour et sa carrière à la télé. Parce que c'est sa femme qui gère leur business… »
J'étais à Paris pour un séjour d'une durée indéterminée. Calixthe Beyala me proposa de rester chez elle, le temps de trouver un appartement. « Je suis seule dans cette grande maison. Les enfants sont partis. Lou est chez son oncle en Afrique et son frère bosse à Londres. Au moins, tu pourras m'aider à tenir. J'ai passé une semaine à pleurer, j'étais si mal en point que j'ai failli me donner la mort. »
Et c'est ainsi que j'ai pénétré dans l'univers sentimental de celui qui n'était pas encore François Ackerman, le personnage du roman. J'ai rencontré et cohabité avec son ombre qui pesait dans la grande et belle maison de la banlieue parisenne. Calixthe Beyala m'a fait lire des dizaines de ses textos passionnés. Le premier que j'ai lu est le dernier repris dans le roman : « Si tu m'aimes, il faut que tu admettes que nous ne vivrons jamais ensemble… Je sais que je vais être très malheureux, je vais me noyer dans le travail, je veux garder de notre histoire un souvenir éblouissant. Je t'aimerai toujours. » J'ai vu ses photos dédicacées, la bague en diamant qu'il a offerte à celle qu'il disait aimer…
« L'alliance crépitait dans le rouge de son écrin. Elle brillait telle l'argenterie d'une grande famille, vivante, chaleureuse, pourvoyeuse de rêves ondoyants…
- Cette alliance signifie que tu es la femme de ma vie, Andela, me dit-il les yeux débordant d'émotion. »
Et puis j'ai observé l'écrivaine vaincue, la femme meurtrie, blessée, humiliée, luttant contre la douleur d'aimer, le cœur brisé. Elle ne me parlait que de lui en avalant des litres de thé et en brûlant des paquets de cigarettes. « Je déjeunai d'angoisse, bus le thé amer de la déception en fumant tant de cigarettes que le bon Dieu dut y voir noir », affirme Andela, la narratrice de L'homme qui m'offrait le ciel. « Des jours et des jours je pleurai, me mouchai, bus mes larmes, me mouchai à nouveau, inondai mes draps de tout ce flux qui sortait de moi », ajoute-t-elle plus loin.
Calixthe me retenait jusqu'à 3 heures du matin pour ne parler que de lui. Pour me dire et redire combien ils s'étaient aimés. Elle me parlait de leurs voyages, de l'enfant qu'il projetait d'avoir avec elle. Elle se demandait, elle me demandait pourquoi il avait été aussi lâche. Elle passait des heures et des heures au téléphone à ne parler que de cet amour trahi à ses copines.
Elle s'emportait à en mourir en ressassant cette phrase assassine de François Ackerman à Andela dans le roman : « Que vont dire la presse et la France profonde si on apprenait que j'ai quitté ma femme pour une femme noire ? » Cette phrase combien de fois ne l'ai-je pas entendue d'elle, pour souligner que le racisme se niche toujours quelque part.
En fait, pour moi, l'histoire portait en elle-même tous les ingrédients d'un roman sur l'amour impossible. Mais l'histoire aurait pu se terminer là. Sauf que la femme blessée est une romancière. La littérature nous a gratifiés de tant de grands romans inspirés par la douleur d'aimer.
J'ai vu naître page après page le livre de Calixthe Beyala. J'ai vu se transformer la femme et l'écrivaine sous mes yeux. Quarante-cinq jours lui suffiront pour faire rentrer cette histoire vraie dans la fiction. Ce fut une véritable rédemption, une résurrection. Je l'ai vue renaître progressivement à mesure que le livre prenait forme. Et lorsqu'elle arriva au point final, le miracle s'était accompli : « C'est étrange, Michael, je ne ressens plus rien pour lui. Je ne l'aime plus. Je suis guérie de la maladie d'amour », me dit-elle, surprise elle-même. Elle s'était transformée. Elle avait retrouvé sa bonne humeur, son charme et ses couleurs.
En lisant L'homme qui m'offrait le ciel, ce roman que j'ai vu naître, je ne pouvais pas ne pas ressentir quelque émotion sur ce que cette histoire m'a révélé : si la création est sans doute une des meilleures thérapies du chagrin d'amour, celui-ci restera toujours la meilleure source d'inspiration du créateur.
Magnifique poème d'amour, ce livre témoigne pour toutes ces femmes, noires, blanches ou jaunes qui ont aimé d'un amour pur des prédateurs, mariés, puissants et célèbres et qui, du jour au lendemain, ont été abandonnées et sacrifiées pour ne pas affecter l'ascension ou le rayonnement de leur prince charmant.

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Félix Eboué


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