Parce qu'il serait temps que la francophonie retrouve le socle culturel, linguistique et solidaire qui expliqua sa fondation
Le XIIe Sommet s'est déroulé à Québec (Canada), du 17 au 19 octobre. Les quatre enjeux inscrits à l’ordre du jour ont abordés dans le cadre de séances thématiques et de tables rondes : démocratie et État de droit; gouvernance et solidarité économique; environnement; langue française.
Plusieurs anciennes colonies ou anciens protectorats français ont maintenu de forts liens culturels, parfois des liens économiques, voire politiques, avec la France. C’est le cas de pays comme le Liban, l’île Maurice, le Maroc, la Tunisie, le Cambodge, le Laos et le Vietnam. Autrement dit, ce sont des raisons historiques qui expliquent l’intégration de ces pays dans la Francophonie. epuis quelques années, la Francophonie a accepté en son sein des pays non francophones, car plusieurs États ont déposé de nouvelles demandes d'adhésion, ce qui correspondait à la volonté des dirigeants de la Francophonie d'élargir la communauté francophone. Progressivement, les chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie ont en effet accepté dans leurs rangs des pays, alors que leur langue officielle n’est même pas le français.On pourrait s'interroger sur la pertinence de ces nouvelles adhésions. Si le Cambodge (3000 francophones)), le Vietnam (5100), la Bulgarie (200) ou l'Albanie (100) sont considérés comme des «pays francophones», il faudrait peut-être admettre la Grande-Bretagne (15 000) et surtout les États-Unis (3,4 millions), qui comptent un bien plus grand nombre de francophones et de francophiles; il y aurait aussi la province canadienne de l'Ontario (avec 488 000 francophones). Si l'Égypte (63 000 francophones dans le pays) en est un membre à part entière, pourquoi Israël (40 000 francophones) n'en fait pas partie, alors que ce pays compte près du quart de sa population comme francophone et que 55 0000 élèves étudient le français comme langue étrangère, sans oublier que 1,6 million d'Israéliens connaissent le français comme langue seconde? On pourrait parler aussi de l'Algérie qui compte un grand nombre de francophones (langue première et langue seconde: 21 millions), mais qui a toujours boudé les Sommets francophones. Mais l'entrée d'Israël dans la Francophonie n'est pas pour demain, car celle-ci est devenue une tribune pour certains États arabes qui s'opposeraient à l'admission d'Israël, préférant plutôt le Ghana (anglais), le Soudan (arabe) ou la Thaïlande (thaï), des États qui n'ont aucun lien historique avec la francophonie, sans compter la Serbie, la Slovénie ou la Slovaquie !
Si dans la pratique les populations des pays francophones dénoncent l’inactivité de l’OIF, force est de reconnaître que la tâche n’est pas facile pour le président Diouf. L’OIF est plus perçu comme une organisation politique. C’est d’ailleurs pourquoi, ces populations appellent de leur voeu à une prise en compte du volet économique en vue de faire de l’OIF un vaste espace économique. Et cela n’est possible que si la volonté politique suit.
L’OIF pour les populations des pays membres devrait donc aller au-delà de la promotion de la langue française et mettre un accent particulier sur la construction d’un grand ensemble économique. Sinon elle restera toujours un ? machin ? comme le disait le général De Gaulle concernant l’ONU.
La Francophonie populaire
Pourquoi voulez-vous postuler à la tête de la Francophonie?
Ecoutez, j’ai toujours voulu être à la tête de la Francophonie parce que, d’abord c’est une organisation qui est passionnante. C’est une organisation pour laquelle il y a énormément de travail à faire au niveau de la fraternité entre les peuples, du développement des pays francophones. On a tellement de choses en partage: partage des valeurs, partage de la langue et partage de l’histoire aussi. Et tout cela n’a jamais été mis en valeur en tant que tel. Et j’y ai envie difficilement de prendre la direction de cette Francophonie, de mettre en avant la culture qu’a la Francophonie quand elle a été créée. C’était la culture qui était le battement de c?ur de la Francophonie. Bien sûr que s’y est ajoutée la politique. Elle est importante, mais il faudrait que les acteurs de la Francophonie reprennent la place. Aujourd’hui, c’est vrai qu’il se passe et je ne critique pas ceux qui m’ont précédée, mais il se passe cette chose horrible: c’est que les gens formant cette communauté de langue ne se connaissent pas entre eux, car on a fait de la Francophonie un instrument fermé, un instrument où seuls les initiés y ont accès. J’ai envie de faire faire une Francophonie populaire, j’ai envie de faire une Francophonie dans laquelle les Camerounais, les Sénégalais, les Ivoiriens, les Malgaches, les Congolais, les Gabonais, tout le monde s’y retrouve. Les Français également.
C’est de cette manière-là que vous comptez conduire la Francophonie?
C’est de cette manière-là que je compte conduire la Francophonie. J’ai envie de faire une Francophonie populaire et non une Francophonie de salon et non une Francophonie exclusivement politique. J’ai envie de rendre cette Francophonie plus attrayante car aujourd’hui la Francophonie n’est pas attrayante; ce qui fait que effectivement dans le domaine de l’économie, dans le domaine même de la langue nous n’arrivons pas à vendre nos produits. Pour vendre un produit aujourd’hui, il faut que même la langue soit attrayante, que les gens qui constituent ce monde, qui portent cette langue soient des gens attrayants. Attrayant, je veux dire économiquement en parlant de musique.
Justement quelle place occupe pour vous la Francophonie à l’heure actuelle?
Mais elle occupe la place qu’elle mérite d’occuper, à savoir: c’est vrai que nous n’avons pas mené de véritables batailles pour être pris au sérieux, pour être respectés sur le plan international.
Qui va permettre justement de mener cette bataille?
Moi je veux mener cette bataille. Déjà, qu’à travers mon travail littéraire, je ne vais que défendre la Francophonie, montrer combien la culture francophone et quand je parle de culture francophone, j’y associe aussi bien la culture française que la culture québécoise; que toutes les cultures africaines qui forment une totalité qui devient la culture francophone.
Vous estimez que Abdou Diouf n’est plus à même d’avoir ce rôle-là?
Abdou Diouf a été un excellent président. Abdou Diouf a montré de quoi il était capable à la Francophonie. Mais ce que je pense, c’est que je respecte le travail des anciens, mais cela ne veut pas dire que ces anciens ne doivent pas se tourner aussi vers les jeunes, leur tendre la main et voir ce que ces jeunes peuvent apporter aussi de plus. Je peux apporter un plus au travail déjà fourni par le président sénégalais Abdou Diouf qui a fait un travail formidable tout au long de sa vie et donc qui sera peut-être mieux qu’il aille se reposer. Et ce sera un repos hyper bien mérité que je crois de mon point de vue. Je pense qu’il peut me faire confiance en me laissant ce poste-là et j’espère que les Chefs d’Etat africains vont me faire confiance, que les Chefs d’Etat de tous les pays francophones du Nord et de la France vont me faire confiance en ce mois d’octobre pour rendre la Francophonie dynamique et vivante.
09/06/2010
CALIXTE BEYALA (ECRIVAINE FRANCO-CAMEROUNAISE) : "JE VEUX DIRIGER LA FRANCOPHONIE"
Par ATSE N'CHO DE BRIGNAN
E-Mail : brignan@gmail.com
Un article pour le magazine www.100pour100culture.com
La Francophonie populaire avec Mme Calixthe Beyala
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