Un nouvel élan pour le projet francophone
Parce que la projet francophone a besoin d'un nouvel élan : La Francophonie d’aujourd’hui apparaît comme une organisation internationale multilingue et disparate. La Francophonie est une communauté multilingue parce que tous les États francophones sont, à l'exception de la France, en situation de bilinguisme ou de multilinguisme. Partout, la langue française est en situation de concurrence avec d'autres langues, que ce soit des langues africaines ou nationales, l'arabe, l'anglais, etc.
La Francophonie est disparate (comme le Commonwealth) parce qu'elle ne réunit plus seulement des pays, mais aussi des États non souverains ainsi que des États non francophones, qui veulent coopérer aux plans éducatif, culturel, technique et scientifique. l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) reste un organisme strictement politique. Il n'en demeure pas moins qu'il est possible que les Sommets de la Francophonie rendent un jour un mauvais service à la langue française. Cette assemblée bourrée de dictateurs et d'autocrates et qui, en plus, regroupe une majorité de pays dont la population n'a pas le français comme langue maternelle, risque un jour de desservir l'image de la Francophonie.
Un nouvel élan pour la Francophonie
L’accent est mis sur le français comme langue véhiculaire, même dans les pays où le français ne joue qu’un rôle secondaire – Liban, Laos, Bulgarie, Moldavie, Cap-Vert, Roumanie, Égypte, Saint-Thomas-et-Prince, Djibouti, Vietnam, Guinée équatoriale. Cependant, il ne faut pas oublier le facteur «prestige» qui encourage certains États ou pays à participer aux sommets francophones. Dans certains cas, comme on l’a vu, des considérations économiques sont liées à ces rencontres internationales où les États riches – France/Canada – se livrent à une surenchère au bénéfice ou aux dépens des États pauvres.
Néanmoins, les connotations négatives inévitables sont facilement dissipées par des pratiques pluralistes de dialogue des cultures, ce qui ne peut qu’apporter un enrichissement à tous. C’est là l’un des défis auquel est confrontée la coopération francophone et de son issue dépend l’état de la Francophonie elle-même.
Mme Calixthe Beyala, il est aujourd’hui certain que vous souhaitez prendre le poste de secrétaire générale de l’OIF. Qu’est ce qui motive cette démarche ?
Il est certain que les temps sont venus d’entrer dans une francophonie populaire ; une francophonie de proximité, une francophonie qui tienne compte des désirs des peuples qui la constituent, une francophonie qui accompagne artiste, créateur et acteur du monde économique, une francophonie à l’écoute des aspirateurs de l’espace francophonie. Il serait plus que temps, il serait urgent de sortir de cette francophonie bureaucratique lourde, celle qui se déroule si loin, si loin des peuples
Quel bilan dressez-vous de cette institution à ce jour ?
A chaque génération appartient une mission ; celles qui nous ont précédées ont fait de leur mieux pour faire vivre l’institution avec les raisonnements propres à leur époque. Aujourd’hui, la francophonie se doit d’être dynamique, compétitive afin de faire face aux défis du millénaire.
De loin, l’OIF semble être une institution plus politique que culturelle. Ne partez-vous pas ‘’diminuée’’ face à votre concurrent qui lui est du sérail politique et qui a les faveurs de certaines personnalités politiques ?
La francophonie a été créée par des écrivains, des intellectuels sur un socle précis : la langue française que nous avons en partage et certaines valeurs que nous partageons de part leur universalité dont la démocratie, la fraternité et la solidarité nécessaire à l’avancement de l’humanité. Qu’est-ce que la politique ? Ecrire,’est-ce point un acte politique ? Participer aux débats n’est-ce point poser un acte politique ? Je ne me sens nullement démuni face à mon adversaire pour qui j’ai le plus grand respect. J’ai confiance aux peuples et aux dirigeants du monde francophone.
L’une des critiques les plus acerbes mais pourtant vraie, adressée à la Francophonie venait de Mongo Béti qui la définissait je cite : ” La francophonie est une stratégie de contrôle de notre créativité et même de notre devenir “. Est-on loin de cette définition aujourd’hui ?
J’ai un grand respect pour Mongo dont j’ai toujours salué le talent. Mais cette opinion lui appartient et il me semble inconvenant de lancer un débat avec un mort.
Comment comptez-vous inverser cette tendance et favoriser une politique volontaire des langues africaines qui se meurent ?
Est-ce la faute de la francophonie si chez eux les parents ne s’adressent à leurs enfants qu’en Français ou en Anglais ? Est-ce la faute de la francophonie si certains croient bons d’abandonner leur culture ? La francophonie a toujours été pour la diversité culturelle, elle l’a toujours prôné et je m’attellerai à cette tache si l’honneur m’était donné d’être la secrétaire générale de cette noble institution. Mais je tiens à préciser que le socle de la création de la francophonie est la langue française, mais celle-ci n’est pas excluant.
Par Par Jean-Jacques Dikongué|Mardi 29 Juin 2010|Tribune2lartiste.com|
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